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  • Maly Sananikone

Justesse des mots : le pouvoir d’enfermer ou de libérer ?


Enfermés et plus que jamais libres devant nos choix … Du fond de mon confinement, j’observe attentivement ce qui se passe en moi, les phases qui me traversent ; celles qui m’enferment : l’attente, les inquiétudes sur ce virus, les projections souvent vaines pour l'après ; Celles qui me mettent face à ma liberté de choisir comme : organiser ce temps suspendu, profiter de ma famille regroupée au nid, créer des liens différents avec les autres, soutenir les uns, rire et partager nos petites manies de confinés.


Et pourtant un petit agacement revient sans cesse me titiller à la lecture de toute cette agitation de mots qui me percute par mailing, à la radio, à la TV et sur les réseaux sociaux, alors je partage ces quelques interrogations et réflexions sur le pouvoir des mots. Ces mots qui « peuvent être des fenêtres ou des murs » en référence à Marshall Rosenberg le « papa » de la communication non violente.


De la contrainte naît une belle créativité et une folle agressivité …. J’assiste avec le sourire parfois le fou-rire et la surprise à un déchaînement de créativité artistique (poèmes, vidéos, parodies, sketches, danses, musiques etc. ) de chacun de nos concitoyens pour montrer sa solidarité et je trouve ce foisonnement d’idées, de création, de solidarité, porteur d’espérance dans notre capacité collective à poser les choix de vie, individuels et collectifs, de la société dont nous avons envie pour l’après pandémie,

ET je lis aussi beaucoup de commentaires agressifs, de jugements posés brutalement sous le post d’un dirigeant qu’on accuse sans savoir, j’entends aussi des médias qui alimentent la polémique, non par les sujets traités mais surtout par la façon de poser les questions et par le vocabulaire employé. Ils oscillent entre l’art de poser la question qui induit la réponse, l’incessante volonté d’avoir des réponses à tout, tout de suite, l’art de mélanger des sujets sans expliquer, les uns attendent que les politiques aient résolu toutes les questions de la pandémie en une seule réunion, les autres demandant si l’expert d’hier a toujours raison, les « unes » des journaux papier ou numériques empilent les « il faut que, ce qu’il faut changer, les experts des solutions à la crise, retrouver la croissance dès demain, anticiper le pire, affronter l’effondrement économique, ... ce qu’il ne faudra pas rater », et je m’arrête là , je suis consternée, voire attristée par ces injonctions, ces mots qui enferment, terrorisent, dissèquent, diffusent, amplifient toutes les émotions (et négatives si possible) et qui dès aujourd’hui enferment les possibles de demain dans des certitudes, des solutions qui rassurent. Dénoncer n’est pas synonyme de critiquer, énoncer ne signifie pas formuler une certitude.


Posons des MOTS JUSTES....

....pour que nos envies de changement ne soient pas JUSTE DES MOTS

Qu’on le veuille ou non, les mots laissent des traces ; on se rappelle tous d’une de ces phrases qu’on nous a un jour adressée et qui nous a causé une grande souffrance, ou qui, au contraire, a égayé notre journée.

Les mots ne sont pas juste des mots. Ils sont imprégnés de nos expériences, vécus, connotations. Notre relation au langage pousse la plupart d’entre nous à étiqueter autrui et à exiger plutôt qu’à prendre conscience de nos sentiments, de nos envies et de nos responsabilités. La responsabilité, au travers de laquelle on exerce le pouvoir des mots, nous appartient. « Utiliser ce pouvoir pour créer, construire, partager, caresser ou prendre les autres dans ses bras au lieu de le faire pour attaquer ou détruire, au fond, c’est une décision qui nous appartient ; soit on pratique, soit on censure » disait Marshall Rosenberg.

Journalistes de tout poil, et citoyens, contributeur d’un post (moi la première), il est temps de choisir les mots justes : arrêtons d’être pour ou contre, arrêtons d’opposer, arrêtons de vouloir avoir raison dans cet océan d’incertitudes, arrêtons de vouloir soumettre l’autre à notre pensée. Essayons à travers les mots justes de nous réconcilier pour coopérer et libérer la créativité de chacun d’entre nous, pour retrouver une parole démocratique où chacun a une place, apporte sa contribution et la ressent comme ayant du sens et de la valeur.


Prenons le temps de trouver les mots justes qui nous connectent, qui nous mettent en mouvement pour célébrer ce fabuleux écosystème auquel nous appartenons, la Terre, puisque c’est bien de cela dont nous parlons pour Demain, la survie de l’espèce humaine.

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